Quatre repas. Quatre moments. Quatre histoires en quatre évocations. Le tout dans un seul lieu. Voilà qui résume l’exposition « Les festins de Chambord », à voir jusqu’au 24 janvier 2027 au château éponyme, à une quinzaine de kilomètres de Blois, dans le Loir-et-Cher. Quatre repas à quatre moments ? Sous les voûtes sculptées du second étage du donjon de Chambord, face à l’escalier à double révolution, le flâneur peut découvrir les reconstitutions du souper que François Ier aurait pu donner en l’honneur de l’empereur Charles Quint le 18 décembre 1539, d’un déjeuner pour une trentaine de convives offert à l’occasion du dernier séjour du Roi-Soleil en septembre 1685, du service des boissons exotiques d’après-repas dressé dans la « salle de café » du Maréchal de Saxe en 1750 et, enfin, du dîner de gala donné le 9 novembre 1988 en l’honneur du prince et de la princesse de Galles. Tout un programme. Toute une mise en scène. Des recherches minutieuses pour soigner chaque détail. Et surtout : « Trois années de production et 120 personnes mobilisées », souligne Virginie Berdal, chargée de recherches et de projets scientifiques au Domaine national de Chambord et co-commissaire de l’exposition avec Loïc Bienassis, chargé de mission scientifique à l’Institut européen d’histoire et des cultures de l’alimentation, à l’Université de Tours.
Cinq heures de travail pour plier une serviette…
Chaque table donne envie de s’y installer. Normal : tout sonne vrai. Vaisselle, verrerie, couverts, salières, mets… on s’y croirait ! Le secret de fabrication de cette exposition ? La démarche expérimentale qui a consisté à redonner vie à de spectaculaires pièces d’argenterie de la Renaissance et du Grand Siècle grâce à la modélisation et l’impression 3D de dessins anciens. Bluffant ! Et ce d’autant plus que c’était cela ou… pas grand-chose. « Car il ne reste rien, par exemple, de la vaisselle de François Ier », confie Loïc Bienassis. Une absence de documentation qui a contraint à une interprétation scientifique. « Nous avons travaillé avec un comité de spécialistes de l’orfèvrerie, du mobilier, des textiles, de l’iconographie et de l’histoire de l’alimentation », détaille Virginie Berdal. « Les festins de Chambord » corrige ainsi l’image d’un château vide, sans habitants, sans animations. Tout à coup, ça vit, ça vibre, on nappe, on dresse, on s’affaire… Dressoir d’apparat, rafraichissoirs, pièces d’orfèvrerie royale, tourte de paon et de faisan, musique de table et même senteurs des plats servis parent et s’emparent d’une partie du donjon. On s’y croirait. Même chose à chaque table recréée. Avec une curiosité pour celle du XVIIe siècle, où le pliage précis de chaque serviette a nécessité… cinq heures de travail. Quant à la « salle de café » du Maréchal de Saxe, elle rappelle que les boissons à la mode étaient alors le café, le thé et le chocolat. Et pour incarner cela, le visiteur peut admirer le nécessaire à thé et chocolat de la reine Marie Leszczynska, épouse de Louis XV, conservé habituellement au Musée national des châteaux de Versailles et de Trianon. Enfin, l’exposition restitue au plus juste la table d’honneur – pour 16 convives – du dîner donné pour Charles et Diana, avec tapis et paravent issus de la manufacture de la Savonnerie, assiettes en porcelaine de Sèvres, verres en cristal de Baccarat, surtout de table en argent signé Christofle et couverts en argent de la maison Puiforcat. À cela s’ajoutent la robe-manteau en dentelle blanche portée par la princesse de Galles – grâce à un prêt du Musée de la mode de Santiago du Chili – et celle de Caroline de Monaco – également de la fête –, fournie par Dior Heritage.
Table d’honneur du dîner donné pour le prince et la princesse de Galles, en 1988... - © Sophie Lloyd
Carpe en farce roulée et potager de 5 000 m2
Voyage dans le temps et dans l’art de recevoir à la française, cette exposition décortique aussi le contenu des verres et des assiettes servis à Chambord au fil des siècles. Avec une sélection de menus – dont ceux des chasses présidentielles ou encore celui offert en l’honneur de la Reine Elizabeth II par Anne-Aymone Giscard d’Estaing… – et de recettes, à commencer par celle de la carpe « à la Chambord ». Pour l’occasion, celle-ci est revisitée par le chef doublement étoilé Christophe Hay, natif du Loir-et-Cher et aux fourneaux des tables de « Fleur de Loire », à Blois. Sa version travaille la carpe en farce roulée, accompagnée d’une brunoise de champignons et d’écrevisses, d’une tuile croustillante à la farine de champignon et à la truffe, ainsi que d’une sauce au vin rouge de Cheverny aux notes de fruits rouges. Une recette avec laquelle le visiteur peut repartir. Enfin, avant de quitter le domaine, une échappée au potager s’impose. Ce jardin de 5 000 m2, ouvert au public, dispose notamment d’un carré dédié aux légumes de la Renaissance – dit aussi le carré des « Festins » –, où l’on trouve fraises et asperges – deux cultures endémiques de la Sologne –, mais aussi blettes, artichauts, chicorées, céleris, ciboulette, romarin… Puis, en déambulant dans les allées de tomates et autres courges, on pense à deux profils de chanceux : les élèves en écoles d’horticulture qui viennent ici pour leurs « travaux pratiques » et les agents du Domaine national de Chambord qui peuvent, chaque semaine, réserver un panier garni.
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« Les festins de Chambord », exposition placée sous le haut patronage du président de la République : jusqu’au 24 janvier 2027 au Château de Chambord – Tél : 02 54 50 40 00 – Et sur le Web, c’est ICI.




