Fauvettes à tête noire, rouges-gorges, troglodytes mignons, pigeons ramiers… ce sont quelques-uns des oiseaux que l’on entend chanter dans le parc Saint-Père de Lagny-sur-Marne. Un espace vert qui s’étend sur 1,7 hectare et révèle le ru Bicheret. Avec le square Foucher de Careil, le parc de la ferme des Saules et le quai de la Gourdine – qui s’étire sur 1,3 km – , ils forment un ensemble de 4,5 hectares qui vient d’être « réensauvagé » par Praxys, une agence internationale de paysage et d’urbanisme, installée à Montreuil. L’idée de départ : « renaturer » un site – pourvu de 43 espèces d’oiseaux, d’écureuils et de chiroptères – à un quart d’heure de marche du cœur de Lagny et du passage du Transilien qui relie Paris en 24 minutes chrono.  Pour ce faire des études préparatoires ont été menées sur la période 2017-2019, un premier coup de pioche a été donné sur le chantier en 2020 et la réception de celui-ci a eu lieu en 2026. Une dizaine d’années de travail pour arriver à « une reconnexion du tissu urbain à la Marne, qui invite à une promenade vers la campagne », explique Thomas Boucher, architecte et paysagiste, fondateur – en 2007 – de l’agence Praxys. Une nature en ville pensée comme « un véritable levier d’habitabilité, d’attractivité et de valeur » pour les centres urbains. Du végétal qu’il compare volontiers à « un actif immobilier ».

« Plus on renature un site, plus les gens reviennent »

9 juin 2026, fin de matinée. Écoliers, joggeurs, promeneurs, flâneurs… empruntent le quai de la Gourdine. Comme une évidence. Comme une artère supplémentaire de Lagny. Un bord de Marne, autrefois exclusivement routier, devenu « promenade partagée », à la fois piétonne, accessible aux vélos et limitée à 20 km/h pour les autos des riverains. Quant à l’aménagement sous-fluvial, il offre des zones de cache aux poissons, qui se réinstallent dans les frayères. « Plus on renature un site, plus les gens reviennent », constate Thomas Boucher. Et ce d’autant que le quai dispose désormais d’une plateforme posée sur la Marne – idéale pour bronzer, pique-niquer, se détendre… –, d’un ponton dédié au club d’aviron de Lagny et d’un port où quelques bateaux ont jeté l’ancre. Un air de vacances en grande banlieue.

« La dynamique du vivant »

Côté jardins, le parc de la ferme des Saules associe clairières et parcours pour rejoindre les berges ou autres habitations voisines. Certaines parties, tondues, invitent les enfants à jouer, les familles à déplier une nappe ou un plaid, quand certains bosquets sont laissés en régénération naturelle. Même « dynamique du vivant », comme dit Thomas Boucher, dans le parc Saint-Père, entre les saules, les aulnes, le bruissement des feuilles et le parfum de la terre humide. Avec le réemploi de l’intégralité des matériaux utilisés. À l’instar des branchages dressés en tertres et transformés en nids ou encore des tas de bois pensés pour accueillir la petite faune… Le tout expliqué aux riverains et promeneurs grâce à des panneaux pédagogiques. Mieux qu’un cours de sciences nat’. Plus « fun » qu’une classe verte.

Le récit d’une histoire commune partagée avec les habitants

La réussite du projet tient à la façon – voire la facilité – avec laquelle les habitants se sont appropriés les parcs et le quai. Un travail au long cours, qui a nécessité de nombreuses réunions avec les Latignaciens. « Pour nous, un projet est le récit d'une histoire commune, partagée avec les habitants. Il puise sa force dans la grande histoire des lieux et s'enrichit des mémoires et des vécus individuels. En mêlant patrimoine, géographie et expériences personnelles, nous construisons ensemble un futur désirable », explique-t-on au sein de l’agence Praxys, lauréate des Albums des jeunes architectes et paysagistes (AJAP) 2010. Thomas Boucher ajoute que « les habitants participent à la définition de la programmation : ils partagent leurs besoins, leurs idées et leurs visions pour les lieux. Leur implication permet d'imaginer des usages qui leur ressemblent ». Et ça marche ! Preuve que la nature en ville, c’est possible. À condition, toutefois, de miser sur la rencontre, l’écoute, la concertation et de tomber sur des élus locaux sensibilisés, attentifs, prêts à s’engager sur un temps long.

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