Secrets et mensonges. C’est le titre d’un film du réalisateur britannique Mike Leigh, sorti sur les écrans en 1996. C’est aussi celui de l’exposition consacrée au travail du photographe franco-britannique Ed Alcock, 52 ans, à voir jusqu’au 8 novembre 2026 au Jeu de Paume du Château de Tours. Dans les deux cas, il s’agit d’histoires de familles… Dans le premier, une jeune femme part à la recherche de sa mère biologique. Dans le second, Ed Alcock réunit quinze ans de travail photographique ciblé sur la famille, la transmission et le sentiment d’appartenance. Un parti pris qui emmène le visiteur à la découverte de cinq séries d’images, réalisées entre 2009 et 2025 : Hobbledehoy (2009-2013), projet pensé comme un regard posé sur la fin de l’enfance de Nino, le fils du photographe ; Love Lane (2014) et The Wait (2015), variations sur un secret de famille – à savoir l’existence d’un demi-frère caché... – ; Home Sweet Home (2016-2020), série construite telle une interrogation sur le rapport au pays natal à l’heure du Brexit ; et enfin Buried Treasure (2024-2025), immersion effectuée dans le village minier de Horden, sur les traces du grand-oncle d’Ed Alcock, mort accidentellement à 17 ans aux côtés des « gueules noires ».
« Une exploration intime et narrative du réel »
La chronologie a été retenue pour rythmer le parcours de l’exposition. Une déambulation qui prend des airs d’invitation à observer, décrypter, analyser des travaux « intimes », des plus anciens aux plus récents. L’accrochage se fait reportage. L’œil d’Ed Alcock raconte, témoigne, fige des instants de vie, de vide, des présences, des absences, des routes vers l’ailleurs… Dans sa note d’intention pour le Prix Niépce Gens d’Images – qu’il a obtenu en 2025 –, le photographe décrivait sa pratique comme « une exploration intime et narrative du réel ». Son mode opératoire ? Il le situe entre autobiographie – pour la dimension personnelle –, documentaire – pour la démarche directe, sur le vif – et fiction – pour les images qui suggèrent plus qu’elles ne montrent… –. Un exemple parfait pour illustrer ce propos : la série Hobbledehoy, où Ed Alcock regarde son fils grandir et se souvient de sa propre enfance. Le présent fait écho au passé et les images offrent un espace de résonance aux générations. Même mélancolie lorsqu’au décès de son grand-père, le photographe retourne à Sleaford, petite ville rurale de l’Est de l’Angleterre, où, enfant, il avait l’habitude de passer ses vacances (série Love Lane).
Brexit et double choix…
Autre temps fort de l’exposition : les séries Home Sweet Home (2016-2020) et Mes ancêtres (et les) Gaulois (2018). Celles-ci traitent de la notion d’appartenance nationale au moment du Brexit et du double choix d’Ed Alcock de venir s’installer à Paris, puis de demander la nationalité française. À travers des portraits de Britanniques, le photographe questionne autant la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne que ses propres racines. Une prise de recul qui a suscité de l’intérêt, puisqu'une partie des images du projet Home Sweet Home sont issues de commandes réalisées pour le journal Le Monde. Car la presse apprécie le travail du photographe. La preuve : en 1999, Ed Alcock a reçu le prix de meilleur jeune photographe de l’année, décerné par The Guardian et The Independent. L’année suivante, il est devenu correspondant à Paris pour le New York Times. Depuis, il collabore avec des titres français et internationaux, en étant représenté par l’agence MYOP. À cela s’ajoutent une multitude de récompenses et d’expositions qui font référence. Ainsi, en 2022, il est l’un des lauréats de la grande commande photojournalisme du ministère de la Culture avec un projet sur le nucléaire, « Zones à risque », exposé en 2024 à la Bibliothèque nationale de France, dans le cadre de l’exposition « La France sous leurs yeux », puis au Musée Nicéphore Niépce et à l’hôtel Fontfreyde - Centre Photographique. En 2022, 2023 et 2025, ses portraits sont sélectionnés pour l’exposition à la National Portrait Gallery du Taylor Wessing Photographic Portrait Prize. Enfin, en 2026, sa série Buried Treasure a été sélectionnée pour l’exposition des Sony World Photography Awards, à Londres (du 17 avril au 5 mai). Aujourd’hui, la rétrospective proposée au Jeu de Paume de Tours vaut, elle aussi, le détour. Avec, en prime, en sortant du château, la proximité des bords de Loire, de la cathédrale, du jardin du musée des Beaux-Arts et de la terrasse du « New Molière », le café qui regarde l’Opéra. Le tout à 75 minutes de la gare Montparnasse.
Ed Alcock - Secrets et mensonges : exposition jusqu'au 8 novembre 2026 au Jeu de Paume du Château de Tours : 25 avenue André-Malraux -> et aussi ICI






