Ils sont 24 en lice. Soit 12 duos d’étudiants issus de 10 écoles de design, parmi lesquelles Camondo, Condé, l’Ensaama Olivier de Serres, Estienne, Strate Design ou encore la Haute école des arts du Rhin (HEAR)… L’idée : s’emparer de 2 matières pour créer un objet inédit, surprenant, utile et beau, en 7 heures chrono. C’est le principe de la School Paper fondée par Procédés Chénel International, fabrique à papier depuis 1896, tournée aujourd’hui vers la scénographie et le design. Cette année, pour la 7e édition de ce « concours workshop », menée en partenariat avec l’Alliance du lin et du chanvre européens, le lin et le Linen Drop ont été choisis pour inspirer les jeunes talents. Le lin, parce qu’il est égal à zéro irrigation, zéro OGM, zéro défoliant, zéro déchet, tout en étant biodégradable. Autre argument : l’Europe est le premier producteur mondial de lin et tout se passe entre le Nord de la France, la Belgique et les Pays-Bas. Très exactement entre Caen et Amsterdam. Une autre idée du circuit court, qui se moque des frontières, mais fédère les savoir-faire. Quant au Linen Drop, nouvelle matière imaginée et créée chez Procédés Chénel, il s’agit d’un papier composé de lin à 65% et de cellulose régénérée. Autrement dit : ce matériau se veut 100% végétal, 100% recyclable et 100% biodégradable. Autres atouts : il peut se coudre et se coller.

« Des trucs de gosses… »

La School Paper, cru 2025, a débuté le 2 avril dernier avec la découverte des ateliers de Procédés Chénel, à Vanves. « Ici, il n’y a que du papier, des ciseaux et de la colle. Bref, des trucs de gosses… » C’est comme ça que Sophie Chénel résume le contenu des 1 500 m2 de surface qui abritent la société familiale depuis 1974. « Avant nous étions déjà à Vanves, mais dans un autre quartier. » Elle représente la 4e génération à la tête de Procédés Chénel. Une entreprise de 400 personnes hier, devenue PME aujourd’hui, mais avec la même mission : transformer du papier en décors pour des créateurs de tous horizons et de toutes nationalités. Car les papiers, à l’origine d’une cinquantaine de brevets déposés, sont des développements « maison » et des « non feu » : « Une particularité unique au monde », souligne Sophie Chénel.

Textile le plus ancien du monde

Les binômes d’étudiants ont également suivi une formation sur les origines, usages et vertus du lin, animée par le designer Pascal Gautrand dans les locaux parisiens de l’Alliance du lin et du chanvre européens. Textile le plus ancien du monde – il est né en 36 000 avant Jésus-Christ et, en 789, Charlemagne décrète que chaque ménage doit en tisser… -, le lin n’a pas pris une ride. Il continue d’inspirer. Et ce bien au-delà de la mode ou de la déco. Un exemple : dans le secteur automobile, on multiplie les tests de carrosserie avec du lin, afin de remplacer la fibre de verre ou de carbone par des fibres naturelles, qui offrent les mêmes avantages en termes de résistance et d’allègement, tout en étant moins énergivore et plus économique dans leur fabrication. Des spécificités qui intéressent aussi l’aérospatiale, tout comme les concepteurs de bateaux ou de nacelle d’éolienne. Pas moins de 10% de la production de lin se destine ainsi à des applications techniques. Car il est robuste, léger, il absorbe les chocs, ce qui en fait une fibre naturelle idéale pour les matériaux composites.

Carte blanche

Depuis cette semaine, les duos d’étudiants engagés dans la School Paper ont récupéré des chutes de Linen Drop, ainsi que des anas – fragments de paille – et autres fibres de lin, afin de se familiariser avec ces matériaux, les manipuler, les tester, les transformer... Prochaine étape : samedi 14 juin 2025, chez Procédés Chénel, à Vanves. Là, de 9h30 jusqu’à 16h30, les jeunes auront carte blanche pour inventer, concevoir et créer un objet à partir de lin et de Linen Drop. Leurs outils ? Ciseaux, cutters, pistolets à colle, bouts de ficelle, fils de fer, machine à coudre… tout est permis. Ensuite, le jury tranchera. Un jury composé en majorité de designers et présidé par la styliste Nelly Rodi, fondatrice de l’agence éponyme, ciblée sur « le conseil en stratégie business & créative ». Trois duos seront alors primés et récompensés par des dotations allant de 400 jusqu’à 1 000 euros. Parrain de cette édition 2025 de la School Paper, le webzine 1 Epok formidable, quant à lui, ouvrira ses colonnes au binôme hissé sur la plus haute marche du podium. D'ici là, que les meilleurs gagnent !